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Je partais vers des lendemains chantants, une histoire d’amour, un coup de foudre, et puis plus rien. Si quelques nouvelles, et je savais que j’allais apercevoir sa silhouette, je rêvais de son sourire, j’avais encore l’odeur de sa peau incrustée au sein de mes sens, pas de chance. Vol au-dessus des nuages, je suis en compression, dépression, le mal est tapi en mon antre, mais je ne le vois pas. Je voyage, de Brest/Saint-Martin aux îles de Saint-Martin/Antilles, derrière moi, je laisse mon vague à l’âme, et je pense à elle tellement, qu’elle me tourne la tête ; je suis coincé entre la joie de la revoir et le désir de la laisser vivre sa vie tel qu’elle l’entend. Sur la mer, les oiseaux disparaissent, nous sommes au milieu de nulle part, enfin si, au centre de l’Atlantique. Cinq gamins qui jouent sur l’Aigue-Marine, un joli bateau de cinquante pieds, flambant neuf ; nous alignons les quarts, et la vie à bord se passe bien. Bien que je sois un fennec, le corps à sa sueur, nous mangeons, nous rions. Parfois un troupeau d’orques se laisse approcher, une centaine de mètres, ça fait déjà froid dans le dos, ils sont si gros, une famille près des côtes des Canaries, charmant bout de terre, montagne et bord de mer ; plus tard c’est la queue d’une baleine, des dauphins, et un groupe de rorquals qui viennent nous saluer, un convoyage, un beau voyage, et au bout, elle. Je la pense, je l’envisage, et quand j’ai sa voix au téléphone, je sais qu’elle est en colère, alors j’ai peur, peur de mélanger les genres, le rêve et la réalité.


Nous finissons par nous attacher au port dans l’anse Marcelle et celle qui a tous mes suffrages est là ! Pas d’orage… Non, juste la peur d’être gauche, maladroit. Notre rencontre se résumera à un désastre. Je ne m’attendais pas à un piège, je ne m’attendais pas à autant de froideur, je ne savais pas que j’allais être si transparent. Je frissonne en pensant à ce plongeon vers lequel je vais tenter de vous entraîner, personne n’est prêt à tant de douleur, je voudrais être honnête. Elle, elle se reconnaîtra si elle lit ces quelques lignes, et moi, c’est moi, Jean-François Joubert, un patronyme que je porte depuis ma naissance.

 

Le rendez-vous.

Une copine d’alors m’accompagne, elle m’aide à vaincre cette boule dans l’estomac. Nous nous embrassons sur la joue, nous nous installons à une table, commandons des bières, et elle parle. Je la regarde, la frayeur au ventre. Je ne rate pas un mot. Elle est partie avec un autre que moi, un homme, je ne le verrai pas. Je sens qu’elle le quitte et j’ai peur de lui dire ce que je ressens, alors je suis muet, ou presque… et la bonne copine ne fait rien pour arranger les choses ! Elle reste à notre table sans me laisser la possibilité de m’exprimer, elle écoute, parle, s’intéresse et me laisse la maudire. J’aimerais un peu plus d’intimité, je m’autoriserais bien à voir ce que je cherche, un sourire, des rires, la complicité que nous avions, et rien ne vient. Je jette un œil sur son ventre, son tee-shirt est court, je vois qu’elle n’a pas les tablettes de chocolat, chose qui me prouve qu’elle ne grimpe pas au mât, souvenir d’une discussion d'avant le naufrage. Je l’écoute et ça n’a pas été de tout repos : son désir d’évasion, de liberté comme elle dit… et moi, je l’observe…  je voudrais lui dire, moi, je voudrais lui dire que j'ai envie de la serrer dans mes bras, je voudrais… mais je suis paralysé.


Je crois qu'il n'existe pas de moments plus délicats dans une vie que ceux qui vous donnent une seconde chance de réaliser les rêves qui vous poursuivent la nuit, pour rater celle-ci de façon magistrale. Elle est là, son regard est loin des étincelles de mes maux, froid, glacial ; à l'évidence, elle a tiré un trait sur notre  passé, et vous, et moi, je suis trop con pour le faire. J’ai le souvenir vivace et je vais plonger dans le grand noir, l’assiette de pas de veine, connaître la folie, alors que je n’y suis pas préparé, mais qui est préparé à cela ? Une heure. Nous avons pris un verre, discuté soixante minutes, et je n’ai pas dit un mot, je suis un chien sauvage, je suis vert, et ce n’est pas fini.

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