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Sur cette jetée, je trouve du bois, une cabane en construction, et un poteau de béton. Je pose des planches en biseau, cela sera mon toit car l’humidité est là, il pleut. Je passerai bon nombre de nuits sous cet abri artificiel, entendant la pluie, recevant la pluie. Je suis sur une île, seul, et je vis en Robinson, perdu dans mon affliction, ma détresse. Je suis venu la voir et elle n’est pas là, alors je passe mon temps comme je peux. Début de ma croisade contre les vents du hasard, je marche, je fais le tour du bout de pierre, homme perdu en mer. Je sors de la partie française et je vais voir la Hollande, le chemin des fleurs et ses villas de milliardaires, je marche sans avoir d’autre but que de croiser sa route. J’ai jeté ma carte bleu, je n’ai plus rien pour vivre, plus un sou vaillant, seule ma jeunesse d’alors m’aide à survivre dans mon obsession à retrouver mon chemin. J’irai demander du travail, je sais qu’en pleine saison, des entreprises cherchent des peintres, mais ma tentative va se solder par un échec. Tour de l’île, je me fais chasser comme un malpropre de la partie hollandaise, aujourd’hui encore je ne sais toujours pas pourquoi, peut-être parce que je voulais monter dans un bus. Je coupe un pied de cactus, en bois le jus, ça pique. Je surplombe une marina et me couche fatigué dans un talus, des pierres me caressent le dos et rendent impossible le sommeil, alors je marche vers la jetée.

 

Un soir, je m’arrête pour me protéger du froid face à la mer, sur un terrain que je crois abandonné, un hôtel détruit par un cyclone, une piscine sans eau, je chante dans ma tête « Pull marine »… quelque part, je suis bien dans ma conscience car je cherche l’absolu, mais j’ai aussi mal au fond de moi de me retrouver tellement seul dans un milieu somme toute hostile. Derrière un talus, je me protège du vent glacial, mon petit sac à dos me sert d’oreiller, le vent s’infiltre sous mes vêtements, ma peau tremble, j’ai froid ; je vais donc me réfugier dans le corridor protégé par les murs de l’ancienne bâtisse. Soudain, au milieu de la nuit, une voiture, des bruits de pas, des fers sur le sol, une arme, le clic d'un chargeur, plus de sécurité… un gardien du domaine me tient en joue ! Je ne demande pas mon reste, je repars sur la route sans avoir dormi et retourne sur la plage. Je manque d’eau, parfois j’entre dans un restaurant, une maison quémander ma pitance, je suis perdu.

 

Je suis retourné sur la jetée et là je me suis jeté dans l’eau tout habillé. J’ai nagé en attendant de couler, jusqu'à ce que je voie le soleil me faire un clin d’œil, alors je suis sorti de la mare. J’en ai marre de souffrir. Une annexe vient me secourir… ils ont remarqué que je nage habiller, je décline leur invitation, regagne la rive, regrimpe vers ma cabane faite des planches de cette construction restée en plan. Je suis sale, plein de sel. Heureusement, la journée va me permettre de sécher.

 

Le jour je marche, la nuit je suis près du centre de Marigot et sa sono qui hurle, j’entends « travailler c’est trop dur, et voler c’est pas beau » ; j’ai l’impression que toute la ville a les yeux rivés sur moi. Un après-midi, je zone et je suis assis près d’un trou de crabe de terre, une personne vient me voir et me donne des amandes, je vais sur un banc et j’hurle « je t’aime » puis je redescends. Des voitures passent, je suis tout près de me jeter sous les roues d’une bleue, et je donne un coup de pied dans la porte quand elle est devant moi… J’ai vraiment été à deux doigts de me coucher sous ses roues, le conducteur s’arrête, il est furieux et vient m'invectiver, nous nous battons, il me frappe, je saigne du front, il veut me crever les yeux et je me retrouve à l’hôpital où je serai pris en charge.

 

Retour au point de départ sous perfusion, combien de temps vais-je y rester ? Enfin, je mange à ma faim.

« père fusion » voilà que je suis sur les traces de mon père…

 

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