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Marigot, ville de mon errance psychique, je crois en une conspiration, je crois que l’on croit que je suis homosexuel, je crois… Rien ! En fait, j’ai juste mal. Je suis enfermé dans un institut ; calme ; j’ai une chambre, on me nourrit, et je ne sais pas ce que je fais là. Bien sûr, il y a eu cette crise de nerf, cette crise de démence… Et puis je voudrais la revoir, lui dire " Je t’aime ", lui dire " Ne me quitte pas " ; je joue avec un compagnon de voyage aux échecs ; rares visites. Un piège. Je suis hors de moi ! Je souffre et je crois qu’une ex m'a tendu un piège, mais pourquoi ? Et qui ? Je déraille, refais ma vie, de tout petit à maintenant, et je craque encore, ou était-ce avant ? Je me souviens jeter mon poing dans une vitre. J’ai mal. Je saigne. Je suis ouvert… C’était avant le tourbillon, avant d’exploser, avant de me retrouver au centre de mes angoisses ; toujours piégé par ma propre personnalité.

 

Retour à l’hôpital, je vais être rapatrié sanitaire mais je ne le sais pas encore. Elle est là, mes affaires sont dans des sacs poubelles. Elle les pose, enfin seuls… Je suis bloqué, coincé, je parle avec le cœur, enfin ! De son côté, ce sont ses yeux qui parlent, elle a une blessure sur la jambe gauche, cicatrice d’un soir de folie ordinaire. Je fixe cette marque, je sais qu’elle n’a pas eu la vie facile, et je sens ses reproches, mais nous n’en parlons pas. Bientôt, un médecin va m’emporter dans un avion où j’écouterai « le Petit Prince » … je suis emporté sur la voie inexorable de mon destin. J’ignore où je vais, et je sais seulement que je retiendrai sa voix, le son de sa voix quand je lui donnais un texte à lire, celui de notre balade sur l’Océan, son émotion quand elle s'exclama « pour moi ? »

 

Des infirmiers entrent en force, une piqûre, je suis phobique des piqûres, et l’on me pique de force… Dans le couloir, je la vois s’éloigner sous l’assaut de mes cris, elle titube… preuve que mon sort ne lui est pas indifférent.


Retour en France, premier voyage vers l’hôpital psychiatrique, un lieu où j’effectuerai des stages, quelques stages, quelques crises. Pour l’instant, je n’entends pas les voix, pas encore. Les amis de l’époque sont là, ils passent me rendre visite, je ne suis pas encore complètement isolé, j’ai des copains, mais l’histoire de Saint-Martin va irrémédiablement nous séparer. Pour l’instant, je suis juste un petit homme qui vient d’exploser. Je ne comprends pas cette maison de repos, on me pose dans une chambre, mes compagnons d'infortune sont des « vieux », je suis mal. Combien de temps dure mon premier séjour ? Je l’ignore. Les médicaments sont forts, je n’ai pas encore de crise de démence, juste ce poids sur la conscience… celui d’être arrivé à la croiser sans la chercher. Le destin nous a rapprochés puis elle est partie sur la mappemonde et je n’ai pas cherché à contrarier ses projets. Au début, nous avons gardé une correspondance, puis le vide.

 

Ma convalescence est lente, mais je ne m'en préoccupe pas et pars prendre un avion pour Saint-Martin car je sens que je dois lui parler, seul ! J’ai des problèmes d’argent, je suis en pleine angoisse, et je vais rejoindre un ami à Montmartre, il m’héberge ; j’ai des cailloux pour offrir à ma belle, je les montre. Je ne suis déjà plus moi tant je suis troublé par cette rencontre, cette mauvaise fortune. Elle m’avait offert un collier, une pierre entourée de fils de bouchon de champagne, je ne l’avais plus autour du cou mais je le serrais avec ma main dans ma poche, ce cadeau. Je devais lui montrer, lui expliquer que je suis son double, sa partie complémentaire, alors je vole vers notre destin. Je retourne aux Antilles et je cherche la fille, presque sans argent. Un voyage dangereux et suicidaire. À l’époque, je ne voyais pas ma vie sans sa main. J’arrive sur l’île, la partie hollandaise, et de suite je suis perdu. Un taxi, Marigot, je ne sais même pas où elle habite ; la nuit tombe, j’ai juste un sac à dos, quelques affaires, pas de quoi prendre une chambre d’hôtel. Je la cherche. J’ignore si elle est encore là. J’erre dans ce petit monde que je connais mais je ne parle à personne. Alors, je marche et regarde la nature. Le souvenir est confus depuis tout le temps passé entre ma vie et cet écrit, je me souviens seulement que dès le premier soir, je sais que je ne la trouverai pas. Je sais aussi que je n’ai pas d’argent. Rien, ou si peu. Alors, c’est la colère rentrée qui me porte, je vais vivre sur l’île en ermite, première nuit sur le sable, j’ai froid. Je dois compter les étoiles, rêver à son sourire, je dois me battre contre cet air froid sur ma peau, les tremblements, les petits cailloux qui se glissent sous le dos. Le matin arrive enfin, et je commence ma longue balade à la recherche de n’importe quoi, je marche. Marigot, il me reste quelques pièces pour un café et un cybercafé, je cherche à la joindre, j’ai son numéro de téléphone, et je crois être suffisamment proche pour l’appeler, pas si simple. Ma carte bleue est là pour le retour, elle est aussi ma carte téléphonique, et je n’arrive pas à l’appeler, alors je sombre dans le délire de la conspiration, l’état qui me bloque, qui se joue de moi. Je suis furieux et trimballe ma colère jusque sur le bout du quai… toujours en pensant à elle, je cherche des signes qui nous rapprocheraient l’un de l’autre.

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