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Je suis sur l’île, elle est là, je n’ai rien à faire, elle travaille, et je voudrais reprendre le cours de ma vie, retomber dans un fleuve de joie, mais je dérape. Après ce fiasco, je suis obsédé par sa présence, je voudrais tant lui parler vraiment, je voudrais tant déclamer mon amour alors que j’erre en malheureux sur ce bout de France, seul ou accompagné, et je suis seul dans cette goutte de désespoir. Et puis la folie guette, je ne la sens pas encore mais elle couve sous un terrain fertile, le mal de cœur, ce que l’on nomme le désespoir.

 

Je me souviens marcher, à la recherche de sa présence, son ombre et puis je me pose sur un caillou. Un drôle de rocher près d’un lieu terne. Je regarde les oiseaux, la mer chante, je me pose et là, bizarre, ma tête est envahie par un tourbillon d’images. Je viens de croiser l’axe pervers entre illusions et réalité ! Ces représentations comme venues du grand vide, du ciel. Je suis seul, et les prémisses de la folie viennent de me surprendre, je suis en nage, je pars à gauche, à droite, je me pose des questions sur cet envahissement. Soudain, la sensation d’être visité est trop bizarre ! Imaginez un instant que vous êtes là, paisible, enfin plutôt torturé par un manque cruel…, que vous cherchez une solution pour qu’elle revienne sur ses choix… et ce flot d’images, ce tourbillon d’informations qui déboule de nulle part ! Et deux visages, deux personnes que je connais, qui sortent du lot, pourquoi eux ? Je ne sais pas. Vraiment je perds le nord, je vacille. Je vais chancelant vers le cœur de la ville, en me disant tout le long du chemin : "je suis fou" ! Je ne sais plus comment réagir, terrassé par cette intrusion dans ma tête. Ça avait été tellement violent ! Paisible sur la roche, les fesses posées, et ce flot d’images qui me submerge. Que se passe-t-il ? À qui parler ? Depuis que nous sommes à terre, l’unité de l’équipage s'est délitée, nous sommes tous devenus individualistes, chacun comptant ses sous. Trois personnes à partager la note salée des frais d'hôtel, car nous savons malgré tout que nous ne sommes pas des voyageurs privilégiés.

 

Je sais que je n’aurai pas d’autre chance de lui parler, de résoudre l’énigme de cette séparation : qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Je m’enterre dans mon mal être et j’entends les autres se plaindre de cette fille : elle est si, elle est ça… Mais elle est comme d’habitude, je ne vois pas le problème.

Passons, je rencontre une connaissance brestoise, une autre jeune fille que je connais peu, mais elle fréquente la bande de voileux, elle m‘invite chez elle. Nous faisons du stop, ça fonctionne, et me voilà sur une plage où je regarde le décor. Le rêve ! Cuisinier, et un centre de voile à côté pour les loisirs, son mari réalise mon rêve. Dans ma déconfiture, je me sens con. Je me sens vide. Je me suis remis du tourbillon, et j’accepte de boire une bière, de jouer aux échecs, et de fumer un joint. Il est tard, je suis loin de l’hôtel, et je reste sur le canapé, et là la colère m’emporte ! La déchirure face à ce couple… j’entre dans le cœur du problème : ma solitude. Crise d’insomnie, je sors… Je vais jusqu'au lambeau de bout de sable, pour y pleurer en position fœtale, plié en chien de fusil… je suis tout petit. Je jette le téléphone portable flambant neuf que je viens d’acheter. Je sais qu’elle est là, dans les bras d’un autre. J’ai mal. J’ai froid, et la douleur me force à me déshabiller… Nu comme un ver, je crie ! Je hurle mon incompréhension, je pense à mon père mort sur la vase, et je suis là, nu, je souffre, j’interpelle les cieux, Dieu, je lui dis qu’il ne sait pas comment il s’appelle, et que c’est peut-être moi, lui ! Oui, je suis fou ! Fou d'amour   Je voyage sur mon travail de l’été, ma bourse n’est pas élastique, elle augmente mon angoisse à chaque pas, elle qui partage ce lambeau de terre perdu dans l’immensité de la mer, et la grandeur toute relative de la Terre.

 

En colère, nu, je rentre dans la maison, je me couvre. Juste avant, comme si j’avais eu une réponse du Tout Puissant, j’ai senti comme une aiguille entrer dans mon pouce, et puis, la Terre tressauter tandis que la nuit peinait à chasser ses étoiles, comme si le temps s'était suspendu. Un passant passa, je l’agressais presque. Il est témoin involontaire de ce coup d’éclat, de la nuit retenue, de cette nuit qui refusait de laisser l’aube entrer. À cet instant, j'étais si sensible que je ressentis la rotation de la Terre. Je venais d’entrer ailleurs… dans un monde de folie. Une crise paranoïaque, une crise spirituelle, une crise contre le monde, contre tout le monde.

 

Même à l'abri dans la maison, la douleur est tellement forte qu'il m'est impossible de dormir. Alors, je me couvre le corps d’une toge, la couverture du canapé, et je pars sur la route. Je marche. Je marche, la vie s’éveille, et je croise du monde qui rigole… Tout le monde se moque de ma désespérance.

 

Alors, je décide d’ôter ma cape, la toge tombe à terre, et j’avance nu… Les gendarmes arrivent, ils m’arrêtent, me couvrent, me posent des questions…  et je me retrouve pour la première fois de ma vie à l’hôpital psychiatrique.

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