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La tension entre nous est apparente à son retour de vacances. Il ne recherche plus ma compagnie, je ne sais pas pourquoi, simplement je pense qu’il n’a plus confiance en ma navigation, et il veut un autre équipier. Ce sera un ami à lui, la cinquantaine comme lui, sûr de lui, et ils ne s’intéressent pas à moi. Je les sentirai même moqueurs un peu plus tard. J’aurais dû battre en retraite, j’aurais dû rentrer mais je reste dans ce climat qui me fait dérailler. Après de brèves présentations, nous appareillons, et partons vers Gibraltar. Ce sera épique ! Quand le rocher arrive, les premiers courants de l’Atlantique se sentent dans le gouvernail. À dix milles du rocher, le nouvel équipier pense que nous allons nous écraser dessus ; quand nous croisons des navires de la marine marchande, ils ont peur, ils ne savent pas lire les feux, ils pensent que nous allons nous faire exploser, cela se pourrait mais heureusement ces navires ont des bons capitaines. L’ambiance n’est pas bon enfant, toutefois ces nouveaux bras me reposent, et nous arrivons au contrôle de la douane. Rien à déclarer, nous passons et entrons dans la marina. Nous rencontrons du monde, j’essaye de préparer la route mais nous n’avons pas les bonnes cartes, rien pour les Canaries et je prend les longitudes, latitudes auprès d’un couple de voyageurs, très équipé. Nous partons à l’aventure ainsi, et la fatigue étant générale, le stress étant là, nous embarquons un indien « bateau stoppeur », un ovni. Nous partons, je suis le seul à avoir préparé la navigation ; mes deux acolytes ont une carte routière, mais entre les montagnes et la mer, le détroit étroit de Gibraltar n’aide pas à se diriger. Au départ, je suis très concentré mais tout de suite, je vois les deux zouaves se moquer, ils savent tout mieux que tout le monde ; nous passons auprès de cargos au mouillage, ils sont impressionnés et moi aussi. La marée est bonne, nous sommes dans les bons horaires pour le courant, le bateau avance bien, malgré tout, je m’énerve, j’oublie mon point de sécurité, nous traversons le détroit sans bifurquer ! Danger, ça klaxonne, nous ne sommes pas paisibles, je fais la grève, je veux débarquer mais c’est trop tard. Je boude, et je les vois incapables de prendre un ris alors je me lève, règle le problème et retraverse le détroit. Un cargo passe, il nous arrose de sons à faire peur. Nous sommes au milieu et ça passe, nous voilà partis par une belle mer vers les Canaries, j’apprends à l’indien les lois de la boussole, il comprend bien, surf en cascade, beaucoup, beaucoup de feux, ce n’est pas évident de trouver sa route à la voile, mais le vent est bien positionné, alors nous filons à une bonne vitesse vers l’objectif éloigné. Plus tard, la tension du bord me ratrappe, je suis dans un univers parallèle, les étoiles chantent, elles me parlent, je vois un bateau céleste, je suis persuadé d’être en lien avec les forces de l’au-delà, mais ma tête est envahie, je crois entendre les pensées de mes coéquipiers, je suis mal. Assis à l’arrière, je suis envahi par les voix, elles me disent que l’un d’eux est pédophile, je ne supporte pas, et je frappe l’équipier, je me casse la main. Ils me maîtrisent très vite, m’attachent les pieds, les bras, et hésitent à me jeter à l’eau. Je l’ai senti ce moment de folie, où près du bastingage, ils hésitent à me passer par dessus bord. Finalement, ils me laissent mes liens, et m’installent à même la coque, par terre, le dos contre le gouvernail. Je suis en short, transi de froid, mais ils s’en moquent ; je ne suis pas loin de l’hypothermie quand ils s’en rendent comptent et ils me laissent aller dans la cabine, dans mon coffre. Je vais aller jusqu’au Portugal dans mon lit. Là, j’ai le droit de sortir la tête, je vois la côte, le port. Ils ne savent pas où se trouve son entrée, ils gueulent et demandent à un pêcheur la route. Heureusement, sinon nous nous serions trouvés rossés sur la plage. La marina est grande, beaucoup de place, et un voisin de ponton nous aide à choisir notre emplacement. L’équipage descend, j’essaye de manger une sorte de Bolino, je n’y arrive pas, et une ambulance vient me chercher, et là je suis vraiment en prise avec mes tourments. Je suis passif dans un autre monde, je me laisse conduire à l’hôpital, je ne comprends rien à la langue. Je suis dans un trou, et je vais vivre les heures les plus difficiles de mon histoire. Aujourd’hui, tout est confus dans l’espace/temps. Je sais simplement que j’attends que mon passeport me sauve. J’attends de rentrer chez moi, je suis dans un drôle d’endroit, un hall où des gens attendent le bus, et d’autres attendent de mourir. Je m’échappe et je divague dans la ville. Je suis complètement en souffrance, prisonnier de mes turpitudes, pas dans un monde réel. Je croise des ombres, du monde, des gens, mais je suis ailleurs, encore en contact avec les forces obscures. J’ignore où je vais, une fois encore, je marche, sans but, je tourne, et je vois la route montrer le masque du démon, je vois la Terre se déformer, bienvenue dans la quatrième dimension.

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