Overblog
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
/ / /

3

 

 

L’hôpital devient ma maison secondaire ; je suis brisé, cassé, comme je le disais plus haut. Quand la vie fait mal, que l’esprit refuse de se reposer, on divague et on part dans des contrées que je ne conseille à personne. Après avoir demandé à me faire piquer, je suis enfermé, et j’ai du mal à vivre. Je cherche désespérément des signes du destin… Pourquoi moi ? Pourquoi je suis si vide ? Pourquoi je traverse une période si difficile à vivre ? Je perds peu à peu mes amis, je n’ai plus d’amour, et les quelques femmes que je croise ne m’intéressent pas, tant je suis resté sur cette vieille histoire, tant je suis un oiseau en cage, prisonnier de mes rêves. Et justement, aller sur la mappemonde à la recherche de celle qui m’a troublé, je suis si sûr de l’aimer, et je me demande si c’est à cause de moi ou pour un autre que moi. Je suis gardien de mes silences, et je nage dans le noir, couloir de ma mémoire ;

Me voici en convoyage ; je dois aider à emporter un voilier de Brest à Dunkerque pour le tour de France, équipier. Gavé de médicaments, sur l’eau je déraille, j’ai l’impression d’être poursuivi par la colère des dieux, je ne suis pas sur l’eau, je suis dans un autre monde persuadé que ce voyage est le dernier, je n’ai pas confiance en l’équipage, persuadé que l’on va me pousser, que je vais me noyer, crise de paranoïa aiguë. Les conditions du voyage n’arrangent rien, nous sommes en retard, nous n’avons que quelques heures pour nous rendre sur le lieu du départ de la course, après nous serions hors délai. Une tension s’installe à bord, de plus, je suis vraiment dans un autre monde. Problèmes d’argent pour le retour, un chèque pour le trajet, rien d’autre, je ne suis pas serein. Quand nous arrivons au port, je suis soulagé, mais je ne sais pas encore que je vais passer par un coup dur, très dur.

La gare, je prends un train, je suis poursuivi par cet état de transe lié à la fatigue. J’entends des voix, enfin, j’ai le sentiment d’être dans un autre espace monde, tellement je suis troublé, et fatigué. Dans le train, je vais à ma place, les toilettes s’inondent, je prends cela pour un tour céleste, c’est-à-dire que je crois être en lien avec l‘au-delà, ça fait partie de ma maladie, ce sentiment d’être coincé dans un monde où je suis observé par des entités. Je regarde les gens comme des extra-terrestres, et le train avance destination Paris.

Là, je pensais arriver à Montparnasse et sauter dans un autre wagon pour rejoindre l’autre Finistère, ma terre. Et je m’embrouille sur la carte, je suis dans les couloirs du métro, et je suis perdu incapable de me diriger. Je sors. La vie grouille, la nuit tombe, je ne sais plus que faire, j’ai bien un chèque, et je sais que je vais passer la nuit sur Paris. Je tente d’entrer dans un hôtel, on me refuse, je reste près de la gare, un type m’accoste, me soutire le reste de mes pièces, je les lui donne, car moi je suis paumé. Contre un mur j’urine, et je vois des images sortir de ce flot, des têtes, des gens, je suis complètement fou, complètement absorbé par un monde de douleur.

Je reste en place, et une navette sociale arrive, je grimpe dans ce bus, il va chercher les malheureux, les mal-logés aux quatre coins de la ville. J’ignore où je vais, je sais simplement qu’il fallait que je décolle de la gare. Là, je suis dans un film, ça parle, ce sont des habitués, et moi avec ma tête pleine de couleur, mon sac de marin, je suis un étranger mais en souffrance. Combien de temps nous passons à ramasser les laissés pour compte de la société ? Je l’ignore ! Je sais simplement que je suis atteint du syndrome du complot. Je ne parle pas, regarde d’un œil hagard les autres, ivres, pour la plupart. Nous arrivons au dépôt, j’ai ce sac si lourd, plein de souvenirs de jours de mer ; je le laisse dans un casier, dernière fois que je le verrai. Je vais au dortoir, pas rassuré, et surtout absent. Ma tête est pleine d’images, je sens les couloirs du temps. Je vais dormir. Non sans peine dans ce contexte, je ne sais pas de quoi sera fait le lendemain, je ne sais pas où je suis. Difficile de raconter cette perte de la raison, je parle directement aux oiseaux, enfin ce sont les pigeons de la cour le lendemain qui le font, je suis si absorbé, je suis en transe, j’ai l’impression réelle d’être visité, d’être en lien avec le cosmos. Folie quand tu nous tiens. Le centre offre du chocolat chaud, je prends le petit déjeuner dans ce hall, ce grand hall plein d’êtres en errance, et je pars. L’énergie du désespoir, la colère aussi.

Je marche dans les rues, je suis loin de la gare, je n’ai plus que ce chèque pour me nourrir, et je n’ai pas pris mon sac, trop lourd, c’est ainsi que je vais passer une nouvelle nuit sur Paris, frigorifié, et atteint dans le plus profond de mon âme. Je perçois l’autre monde, j’entends des voix, je sens des trucs, des frissons me parcourent, des attaques, oui en colère et pas paisible du tout ;j’erre dans la ville, sans sac, sans rien, je ne sais même pas où je suis. Je me souviens me trouver sur les marches d’une église. La place est animée, et je cherche à rester en contact avec elle, car je crois alors en une relation télépathique, peu sympathique d’ailleurs. Comme si toutes les forces du mal s’étaient unies contre ma personne, je divague.

Je marche sans but, mais loin, trop loin du centre où j’ai mes affaires, je ne sais plus où je vais. Tout juste si je sais comment je m’appelle, et j’attends de la croiser. Je la cherche. Je suis impatient de retrouver ses bras.

 

Partager cette page
Repost0