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J’arrive à l’adolescence et mon papa en retraite. Je ne le connais pas, et je trouve qu’il manque de courage. Il ne parle pas ou peu, mais je ne suis pas niais, je vois bien que l’on se moque de lui, donc de moi par transmission. Pourtant, lui c’est un marin, un vrai, un taiseux, il a plusieurs tours du monde au compteur, et je suis dans une bassine, entre la pierre de l’Aber et le lieu, cette tourelle rouge, où la mer d’Iroise gronde. J’ai honte de mon père, je ne devrais pas ; il nous conduit sur les meilleurs spots de planche à voile, il pêche et donne son poisson, il a le cœur sur la main, et moi stupide enfant, je ne suis pas fier car il tise, il boit son litron de Grappe Fleurie, un joli nom pour du vieux vin, pas bon. Ce sont les années " problème ", que je regretterai toujours. Ce manque d’argent me brise, et puis mes relations avec mon père sont mauvaises, et ça je ne me le pardonne pas. Radio Gulf Stream prend naissance, et mes copains, la bande, passe son temps sur les ondes. Je ne suis pas du mouvement car ces gens posent problème à mes parents mais je les vois heureux, bande d’ingrats qui délaissent la plage me laissant seul en opposition. Ils ne cherchent pas à comprendre, eux, ils s’en foutent de mes problèmes, ils s’amusent et je révise mes gammes en planche à voile, je progresse lentement, mais sûrement. La plage est le lieu où malgré tout, nous passons tout notre temps, je ne suis pas amateur de pétrolette, mon vélocipède me suffit amplement quand mes nerfs ne lâchent pas et que je déraille autant que mon vélo en le cassant car sa chaîne sort du dérailleur.

 

Je suis en colère parfois, mes yeux pleurent ; dans ces cas là, je ne m’exprime que par la douleur des pleurs, les mots s’envolent, mes nerfs me lâchent. Je sens que je suis entouré d’une bande de charlots, qu'ils vont là où le vent les poussent, et je passe mon examen de moniteur de voile, succès, j’ai mon papier une première fois. Je vais diriger un club du haut de mes dix-huit ans, et de ma fragilité affective, car je pardonne tout -ou presque- car parfois il ne faut pas pousser non plus. L’ambiance est difficile à la maison, mais je sors tout le temps, et d’ailleurs moi, qui derrière le bar, comprenais bien le non sens de s’attacher à une bouteille, voilà que je bois, première cuite, premier baiser, et une fille de Paris qui me quitte ; je suis fébrile et surtout pas amoureux, alors quand, entre deux verres de diabolo fraise ou menthe, elle me lâche la main et m’explique que nous n’irons pas plus loin… Je suis heureux, et lâche, car la menace est là, tapie, je ne sais pas dire les choses, je me tais. Mais je n’en pense pas moins, je suis encore brestois, et l’été arrive ; du haut de mon courage, je me lève tôt, je travaille au club nautique, j’ai la responsabilité du plan d’eau, mais le secrétaire de l’association va m’expliquer qu’il est important de ranger les trois canoës, même si les locaux ne le permettent pas, un cabanon de chantier, une porte étroite et la fatigue, au bout d’une semaine la pression, je craque, je démissionne, pour le plaisir de mes « amis » aides moniteurs ; ils s’engouffrent dans la faille sachant qu’ils viennent de prendre du galon ; j’irai faire mes premières armes dans un autre club, le Manche-océan, j’ai le groupe de planchistes peu de client, et j’enseigne, enfin je tente de transmettre. D’ailleurs tout va mal, les dettes, le bar, les drôles de clients que sont mes amitiés d’alors, qui vont jouer tout l’été sans le moindre remords, et ce coup de téléphone qui change ma vie, ma sœur inquiète m’appelle, elle me propose d’aller sur Nantes poursuivre mes études, je suis en seconde et je redouble pour la troisième fois. J’hésite, je réfléchis, dix secondes, le temps de me dire que j’irais bien voir le monde, car ici je respire de plus en plus mal, mais malgré les coups bas, je suis très attaché à la voile, aux parties de fou rire lorsque l’on se raconte nos exploits sur l’eau. Je dis oui. Nantes, ses beaux murs, une ville où le temps se suspend lorsque l’on passe dans le passage Pommeraye, ses escaliers, ses magasins. Je suis un petit sauvage et je passe mon temps aux cinémas de la région, il faut dire que pour moi acheter un pain au chocolat est un acte difficile car je dois parler, et j’ai cette peur de bredouiller.

 

L’année scolaire commence bien, je suis seul alors j’écoute les professeurs de l’école Jules Verne. Nous habitons un vaste appartement, Quentin mon neveu vient de naître, et je suis souvent sa nounou. Je me souviens d’avoir mis à mal ma sœur en allant faire les courses. Elle me passe sa carte bleue, et je l’entre à l’envers place Royale, tout sonne, je cours vers elle et lui explique la situation, sa carte est bloquée dans le distributeur. Nous sommes à une centaine de mètres de la banque, elle arrive, on lui rend l’objet du délit, tout fripé, et les remontrances qui vont de paire. Engueulade. Heureusement, je m’évade quelques mois plus tard.

J’ai des amis, Pierre-Alain, Antoine, Christophe, nous jouons à Donjons et Dragons, des parties qui retiennent la nuit comme cette partie de poker où je me fais laminer. Mes yeux parlent dès que j’ai du jeu, ils passent et quand je bluffe, je perds.

 

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