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Traumatisé par ce souvenir, quand le ciel tonne, je ne suis pas fier, je sais que certains font conducteur, fils conducteur, et je n’aimerais pas griller pour ma dernière heure. Difficile de croire à cette histoire, pourtant je ne suis pas le seul témoin. Je parle peu. Peut-être que je ne sais pas le faire, où est-ce simplement ce fait, ces rires en classe quand je levais la voix qui m’a éteint, et qui sont devenus ce fruit que je porte maintenant, adulte timide. J’observe. Tout est flou dans cette enfance, peu de souvenirs du père, à cause de son métier dans la marine marchande. Quand à ma mère, elle est artiste sans le savoir, toujours en représentation, elle parle, parle, connaît tout le monde, moi non. Nous avions aussi des chats, ou un chat… Une fois, il y en a un qui, malade dans ce moyen de locomotion qu'il ne supportait pas, a sauté par la vitre arrière de la voiture. Il nous rejoindra quelques semaines plus tard par ses propres moyens… Les félins ont le sens de l’orientation à défaut d’avoir le sens de la famille, ou je me trompe, ils ont les deux… Ce doit être cela d’être libre.



Le temps déforme les faits, je m’en rends compte tous les jours. Retour à la rue de mon enfance au nom d’une île de la mer d’Iroise. Je me encore bats pour Nathalie je crois, la blonde, car monsieur Boum lui tire les cheveux, nous dévalons la côte qui plus tard sera notre terrain de jeu en karting. Je me souviens aussi du guignol, pas lui, le théâtre dans son jardin, pour moi il sera muet… Il faut préciser que la télévision n’avait pas fait son apparition, et donc nous, enfants, nous jouions dans la rue.

Déménagement. Un jour, nous partons comme en vacances, mais pour quitter la ville et intégrer un village au nom charmant de l’Aber-Ildut. Nouveaux camarades de classe, de chasse aussi, alors que nous allions, munis d’arcs faits maison, dans la garenne à la recherche du lapin perdu. J’en parlerai après, pour l’instant, les murs sont verts et ma mère s’installe dans un bar épicerie qui lui prendra tout son temps, le Gulf Stream, nom du courant chaud qui navigue derrière Ouessant. En classe, nous sommes nombreux car les sections sont mélangées et j’ai peur. Ma mère, j’en suis persuadé, s’est trompée, elle m’a mise dans la mauvaise section ! Je connais déjà le programme des petits, et perds mon temps dans cette école tandis que je suis en secret le cours des grands de CE 2. Je comprends de quoi parle la maîtresse, quand elle expose leur programme. Là, je suis sûr que ma mère s’est trompée de section mais je ne le dirai jamais. J’apprends à lire, à compter, enfin je renforce plutôt mes acquis car je sais déjà lire et compter.



Olivier sera le frère que je connaîtrai le mieux car notre différence d’âge n’est que de cinq ans. Les autres ont déjà une vie loin de nous. Nous sommes donc deux sur six à vivre l’expérience du commerce, marchant sur les pas de nos grands-parents : les Joubert commerçants ! Comme Auguste, mort dans son fauteuil, il paraît. Je n’ai pas connu mes grands-pères. Ce vide est traumatisant, ils sont juste des images cartes postales, des histoires racontées. J’aurais aimé les rencontrer mais la vie en a décidé autrement.


Ma vie change, nous sommes au bord de mer, des cygnes voguent sur l’Aber ; j’aime les regarder même si j’ai un peu peur de leurs splendeurs, blancs et becs orange, un couple. Un chasseur les aurait abattus selon la légende, et ici, je suis au cœur des légendes. Je ne parlerai pas du mage, car j’ignorais ce qu'étaient ces bêtes-là. Et même les rochers portent des noms, le Sphinx, le Crapaud, la Sorcière. Olivier joue beaucoup, il est à l’école de Porspoder et je sais que lui aussi s’ennuie en classe. Le soir, nous nous retrouvons sur une partie d’échecs, il enlève les deux tours, je perds tout le temps. Je crois que je ne l’ai jamais battu. Maman est absente, elle ouvre à huit heures et ferme tard le soir ; c’est le début de la malbouffe, je mange comme les clients. Tout est vert, les portes, les murs, et la maison est grande sur deux étages. J’ai ma chambre ; comme les chats, j’ai une souricière ; je passe mon temps à tenter de résoudre le puzzle que l’on m’a offert… un pour les grands. Je pose les coins, les bordures, et puis je renverse l’ensemble, vous le comprendrez aisément, la patience ce n’est pas mon truc. Plus de jardin, la rue devient mon jardin, et mes premiers camarades sont des êtres bizarres. Je ne comprends pas leur façon de fonctionner, n'arrive pas à savoir pourquoi ils me tournent le dos si souvent.

J’ai huit ans, et le vent ne me porte pas encore dans ma vie. Je me souviens de parties de rigolade après l’école. Dès le printemps, nous nous baignions, et avions, à cette époque, une source alimentée par une pompe à eau, très rustique, verte, qu’il fallait amorcer… Bons moments de franche rigolade tandis que le sable s’ôtait de nos pieds, du maillot, de l’eau douce presque chaude par rapport à la mer. Ma timidité est présente, mes deux premiers copains ont pour prénom Ronan et Alain. Drôle de bougres en vérité, et je comprends très vite que le ménage à trois, ce n’est pas mon truc. Dans la cour d’école, je suis gardien de but, et eux deux se moquent de ma petite personne ; ce qu’ils disent, je ne le sais pas, ce qu’ils pensent je l’ignore, mais ils sont méchants, ou tout simplement bêtes. Je craque parfois. Ronan est l’archétype du faux-cul, je joue pourtant longtemps en sa compagnie. Je me bagarre tout le temps contre lui, au tennis, dans la cour d’école, dans les bois… Je préfère passer et penser que maintenant, je suis libre.

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