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Daysie, ce n’est pas la petite blonde mais une chienne, elle va rester auprès de la famille pendant dix-sept, ou dix-huit ans. Daysie et sa manie de faire des chiots à la pelle, des portées de six à douze chiots ; elle est un peu berger, beaucoup croisé allemand ou belge, je ne le saurai jamais. Dans une ferme où ma mère allait chercher du beurre, je joue dans la paille, j’ai moins de quatre ans, car je ne sais pas nager, mais je parle déjà avec les yeux. Je sais dire oui, ça scintille, de la joie sort de ces orifices, la pupille est une focale à lumière, donc je peux dire orifice, j’aime ce mot, et j’ai peur des fourmis quand elles sont rouges. De la paille, des chiots qui braillent et Daysie qui ne connait pas encore son nom mais adopte la famille, frères et sœurs compris. Dans l’ordre, Gildas, Marie-Aude, Marie-Noël, Caroline, Olivier, et le petit dernier, moi. Vous voyez, je commence fort ma vie, déjà dernier dans l’ordre d’apparition sur les feuilles de la mairie.

 

Des portées, elle en a eu à gogo, des chaleurs d’hiver, de printemps, d’automne. Une fois, je l’ai même vu s’accoupler, coincée Daysie ! Roger mon père l’a éteinte à coups de seaux d’eau, elle était brûlante, cette chienne. Rires. Souvenirs. Pour ne pas tuer sa progéniture, maman passait une annonce, boulangerie, le Télégramme, et des gens charmants venaient chez nous comme à la ferme : il faut dire aussi que nous avions des poules, des tourterelles, des canards, et une meute de caniches, car Daysie s’était accouplée à un caniche… Quelle idée ! Du coup, nous avions eu une portée peu ordinaire, moitié berger, moitié caniche et nous devions cacher les frisés ou rentrer les bergers et faire croire qu’ils étaient de race, pas des bâtards. Allez savoir pourquoi !

 

La mare aux souvenirs, mon frère aîné possédait une drôle de voiture, un cheval en plein Brest, la ville ; en ce temps là, Gildas avait encore des rêves, mais moi j’étais loin de ça, plus impressionné par son Ami 8, qui était couverte d’autocollants, ce sont d'ailleurs eux qui tenaient la carrosserie et ce détail me faisait rire. Rue de Molène, école à Charles de Foucault, presque rien qui s’accroche à ma mémoire, si ce n’est ce geste fou et sans raison : ma voisine m’embête, je ne me souviens plus de la raison de cette querelle, mais je me souviens que j’étais en fureur ; sur le mur mitoyen du terrain vague, une brique, un petit saut, et je la vois, chouette ! Elle est derrière. Je pousse la brique. Elle pousse un cri, gagné ! Un trou dans la tête   Je regrette aussitôt mon geste même si je n'ai pas vraiment conscience du danger. Pour une fois, papa est à la maison et je reçois ma seule correction, au martinet, s’il vous plait. Je suis en colère. Injustice. Elle avait commencé… Pour que je pousse cette pierre c’est qu’elle le méritait. Enfermé dans ma chambre, je fais le mur pour me venger. Heureusement, en cours de route, je change d’idée. Téméraire, pas conscient que nous ne sommes pas des images, j’exercerai plus tard ce talent de testeur de mauvais plan.

 

Il y a aussi les vacances, nous allons chez ma grand-mère à Lampaul Plouarzel, le grand déménagement dans la voiture, nous sommes six enfants et deux adultes. La maison est petite mais à cette époque, je la trouvais grande, il faut dire que j’avais peu d’années, et donc peu d’expérience et maintenant quand je passe devant, elle ne correspond plus à mes souvenirs. Je me demande même comment nous faisions. Je ne voudrais pas trahir ma mémoire, alors la boule de feu et le tonnerre de Brest est le fait qui m’a suivi, ou poursuivi toute ma vie. Nous étions à la plage, comme tout le temps en été, cousins, cousines… Je plongeais d’une aiguille sur un rocher gigantesque, il fallait qu’une lame arrive pour avoir le niveau d’eau nécessaire pour plonger, en rapport de taille, c’est énorme et là encore je réalise que j’ai grandi, pas beaucoup mais un peu tout de même. Donc, je disais que je plongeais d’un pic, et le ciel qui se met à tonner, le vent, la pluie, la Bretagne en juillet ; nous rangeons les serviettes, le bateau plastique qui fut sans doute mon premier navire, et partons en vélocipède, ou en voiture chez Mémé. Elle est là, cheveux gris, il faut dire qu’elle est une maîtresse femme, le poumon de la famille. Sans argent mais elle a un potager, des pommiers, d’où Olivier est tombé, bras cassé. Nous arrivons, beaucoup de pluie, les nuages ont le cœur à se vider ce jour-là. Mon ancêtre ouvre la fenêtre, maman ouvre la porte, appel d’air et cette boule de feu, cette odeur de brûlé, la foudre est passé dans la maison, les cheveux gris de mémé sentent le roussie ; nous, nous avons froid, et le tonton René qui arrive rigolard me fait peur. Il parle fort, et me dit que les dieux s’amusent entre eux au ciel, qu’ils jouent aux boules, ça tonne. Je me cache. Pas de fourmis rouge cette fois-ci, mais je tremble de peur, ce bruit tellement sourd. Derrière les vêtements du porte-manteau, nous somme deux. Difficile de croire qu’une boule venue d’on ne sait où, soit passée dans la petite maison de ma grand-mère, si près de ses cheveux qu’ils ont brûlé un peu, mais ce souvenir est vrai, aussi vrai que l’odeur du far qui sort du four.

 

 

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