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— Je cherche la rue du Paradis, vous connaissez ?

— Vous y êtes !

— Ah, bon merci.

 

Arthur venait pour la première fois à Marseille, une exposition de Ludovigh, un artiste peintre local, deux enfants, un garçon, une fille, une femme, il n’imaginait pas que sa vie allait basculer ; le panneau indiquait bien le nom de la rue, « Narcose », rue du paradis, un comble ! Veste jaune, sac « Coten » bleu, ses affaires pour un jour, et la gare de Saint Charles. Tout ce bruit ! Ludo devait venir le chercher, un ami, sept ans sans se voir, avait-il changé ? Des questions sur son chemin, et la route, les gens, les masques, l’hypocrisie sociale, il connaissait. En avant, capitaine, bâbords toute. Au 35, quand le choc arriva, boum, flute ! Sa vie qui devient noire, et ce blanc, ce tunnel. Cette fois, il volait, pas un oiseau libre, mais bien un vol plané, écrasé par une DS 2 qui flambait, rouge sang, sur le pare choc vert. Tunnel, plus un son, si, la sonnerie de la gare, le train, bizarre. Un oiseau, il avait toujours voulu être de cette espèce, d’ailleurs, s’il devait être réincarné, il pensait devenir un goéland, pour son port de tête, toujours fier. Le Goéland s’amuse dans le ciel, et prends des cuites, (les marins lui donne le rhum, et les rhumes  dérivent de rives en rivage,… son âge, quarante et un ans. Soleil haut, belle journée pour mourir)… un animal pas très loin de l’espèce humaine, si l’on y regarde à deux fois. Des plume contre de la peau, et lui volait pour la seconde fois, pas de saut en parachute mais une chute sur le bitume, sirène, pompier, premiers secours. Et sa vie qui défile…

 

Quelle vie, celle d’un homme qui travaille derrière un comptoir, un bistrot ouvert de huit heures, à vingt heures, des conversations, des gens qui hurlent leur mal de vivre toute la journée, chômage, travail du vendredi au lundi, et toute le boulot derrière, l’invisible quand il tourne la clé, et stoppe son activité. Comptabilité et alcool, la vie quoi ! Des verres de blanc, du rosé, du muscadet, les vignes à l’honneur, c’est chez son frère à Albi qu’il aurait dû aller, mais sept ans sans message, ce n’est pas sage, alors il avait quitté sa famille pour rejoindre son ami, et sa vie basculait, un arbre arraché. La dernière pensée, le dernier mot de la bouche d’un étranger, un de ceux sans passeport qui lui malaxait le corps, premier secours, AFPS, massage cardiaque. Son thorax qui explose, hémorragie interne. Stop, il a si mal que la douleur ne représente plus rien, rien d’autre qu’un refrain, une dernière chanson, un dernier pour la route, rue du Paradis, le nom d’un oiseau, pas des noms d’oiseaux, la vulgarité, il aime pas, ce sont des maux, ses mots, sa soif, sa fin, l’estomac vide, il meurt, et on tourne la page de la douleur. Blanche au départ, puis noire, il va enfin savoir ce que l’on trouve derrière le rideau du théâtre de la vie.

 

Rien.

 

Rien que des souvenirs.


 

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