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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 18:53

Alors je marche et la fatigue me tire encore plus vers cette contrée étrange des voix. Sur le chemin, après avoir traîné des heures dans la ville, c’est la police qui me ramasse, et comme pour un jeu de piste, ils me déposent près d’une bouche de métro. Je n’ai pas de ticket. Les étoiles éclairent le ciel, et je suis au centre du monde, absorbé par cette souffrance hors norme. Je viens de passer une journée à chercher des traces du hasard, des numéros de plaques d’immatriculation, j’invente une autre langue, où l’on ne parle pas, une langue faite de chiffres, et de détail sur ma vie. Je cherche à me rassurer, à me dire que je suis sur le chemin normal de ma vie, tant je suis paumé dans ma tête. J’ai mal. Mon mal-être est de plus en plus présent, et je suis si loin de chez moi. Pour moi, autour de moi, les gens sont hostiles, et j’entre en fraude dans le métro ; enfin il fait chaud, j’arrive à me retrouver, j’arrive à la gare (la bonne, celle de l’Ouest). Problème, je n’ai plus de chèque puisque j’ai mangé dans un bistrot, et mon billet de train est dans mon sac. Je suis léger sans bagage. J’entre dans le train, la peur au ventre. Je suis de nouveau conscient, conscient qu’il faut que je rentre à Brest, pour retrouver pied, pour retrouver mes bases, mon confort ; ça fait deux jours que je suis coupé du monde, deux jours que je suis arrivé à Dunkerque, deux jours que je suis perdu dans un sale monde où je suis envahi par des voix, très perturbé. Le train est presque direct, je ne voudrais pas être descendu de force, puni par manque de moyens, je n’ai pas de ticket, pas d’argent et ma porte de salut se trouve là-bas. Cette traversée de la ville capitale vient d’être si traumatisante, que dans le train quand le contrôleur vient, je craque. Je pleure tout mon soûl, je suis ivre de douleur. J’écope d’une amende et je rentre dans ma ville. Je ne me souviens plus du reste, de comment je retrouve ma famille. Je ne sais plus comment je me suis reconstruit, peut-être suis-je allé à l’hôpital, peut-être que non. Je sais seulement que j’ai de la chance d’être vivant. D’être arrivé. Après, je navigue dans une vie de débauche, me noyant dans l’alcool quand je peux y trouver mon refuge. Je vais aider de temps à autres à construire un bar, nous sommes une petite troupe qui le restaurons, peintures et sciures, voilà mon activité. Je vais de plus en plus mal, et parfois je crise tout seul ; souvenir de pleurs, de douleurs, seul dans mes draps. J’ignore comment je tiens. J’ignore l’avenir. J’ignore comment le temps arrive à passer sur ma peau. J’ignore combien de stages je fais à l’hôpital, tout ce que je sais, c’est que le nombre impose sa raison, et que quand j’arrive en nerf là-bas, on m’enferme. Je suis traumatisé, et de plus en plus seul. Finies les rigolades, finies les parties de plaisir sur l’eau. Fini ! Le téléphone ne sonne plus, mes amis ont des moyens financiers que je ne peux pas suivre, alors je dérive. Je cherche à m’en sortir mais quand je passe la visite médicale aux affaires maritimes, le fait de ne pas avoir travaillé depuis l’obtention de mon diplôme, et mes stages en hôpital psychiatrique font que la visite est difficile à passer. En plus, le diplôme se transforme, je n’ai pas tous les modules. L’idée de les passer me traverse l’esprit mais je n’ai pas la force de le faire. Je me sens fragilisé. Je sais que je peux dérailler. Je sais que je me suis perdu au fond de ma détresse, alors je regarde les autres vivre, et j’ai du mal à comprendre comment ils font.

Le tour du Finistère a été un fiasco, nous avons cassé la quille du bateau en frôlant les cailloux de la pointe au large de Kerlouan, de l’eau entre dans la coque, et notre réparation de fortune ne suffira pas pour l’épreuve du raz. J’avais des camarades de jeu. Je n’ai plus rien, plus personne aujourd’hui. Chaque fois que j’ai navigué en dehors de mes amitiés, je me suis retrouvé dans des situations difficiles, mon premier tour du Finistère, je passe par la bourse aux équipier, et je trouve une embarcation. Je vais naviguer de port en port, tout juste revenu de mon séjour à Saint-Martin. Je suis fragile, et une fois encore, je ne comprends pas la famille qui possède le bateau.

Premier pas dans la compétition en bateau à voile, et grosse désillusion. Je me mets en danger. Les tensions à bord me font perdre la tête ; ça gueule, ça sait tout mieux que tout le monde alors qu’il n’y a même pas de tacticien à bord. Insomnie. Et sur le parcours banane, où nous faisons (à Douarnenez) notre meilleur résultat, j’ai été un poids mort. Je n’ai pas pu tenir mon poste d’embraqueur. Je n’ai rien vu de la course. Et me voilà happé dans une conspiration céleste, les mots de la foule sont autant de messes basses que je prends pour moi. Je suis le centre du monde, enfin, je le crois. Comme je crois avoir réussi à retrouver la trace de celle qui m’ensorcelle. Je crois que tout le monde est au courant de mon histoire, je crois qu’ils en parlent à mot caché, et loin de participer à la fête, je débarque en pleine nuit. Non, je ne resterai pas une seconde de plus sur ce navire où l’on se moque de moi. Non, je vais rentre.

Je prends mon sac à dos, et je pars. Douarnenez/Quimper sous la pluie. Je marche, j’ai mal aux pieds. Je suis aspiré dans ce couloir de folie vive qui fait que je crois parler aux astres, un désastre. Je crois être victime d’une conspiration. Je crois que la créature créatrice me pose des pièges sur mon chemin, ma route, et je tente de sommeiller sous une plate pour m’abriter.

 

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commentaires

michaël 04/11/2010 02:09



ouais ... Chapeau pour l'écriture. Et pour le courage ...



leclownalllergique 04/11/2010 06:31



merci michaël, courage je ne sais pas, témoignage d'une descente aux enfer, oui. Merci