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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 10:11

cardiff_002.jpg« Le chou du philosophe »

 

 

Le parc. Quelques hectares de verdure, des vagues de terre verte, dociles, puisqu'immobiles, des arbustes qui tissent toiles et délices, des oiseaux qui peuplent nos rêves.

 Bohars, lieu dit bien connu des Brestois de souche, à vol d'oiseau à quelques kilomètres de ma mémoire, l'aber !

 L'ildut, bras de rivière, enfance, délice de la mer, le port, la vase, les cygnes et la « sorcière », ce rocher qui  trône au milieu du port et sur sa tête, des cormorans en attentes de tempêtes Atlantique pour sécher leurs plumes !

Vide. Je range ma case, ma cervelle malade, ce petit coup de folie qui m'a fait peur.

 

 «  Bienvenue chez les fous » ; enfin ,entrons dans ce monde tel que je le visite aujourd'hui.

 

Un problème au boulot, rien de grave ; puis l'enchaînement, un autre, dans ma cellule familiale ; le médecin de famille me conseille du repos ; «  où ? » lui demandais-je.

« Alpes d'Uez, Antilles, Polynésie : NON »!

« Vous allez aux urgences « psy » et vous serez entendu, écouté ; vous devez faire un break ». La cavale-blanche, couloir, veste bleues, vestes blanches, carte vitale, attente, attente et enfin poser des mots sur un trouble, et une ambulance qui vient me chercher ; on m'installe, boucle la ceinture ,et je ferme ma bouche, étonné par le chant de la sirène aux feux, un peu inquiet de la suite, il faut bien le dire !

Ce n'est pas une prison, presque un hôtel de ville, de village, enfin …là commence mon voyage ! La chambre blanche, une fenêtre sur un autre bâtiment, un jumeau de celui aperçu en entrant, la fouille de mes objets personnels ( juste un acte formel pour limiter le vol et ôter toute envie de suicide) ; je suis habillé et descend l'escalier, pas encore informé que rien que cela, ma tenue de circonstances, jean et chaussettes blanches, montre aux meubles du coin ( les anciens), que je suis presque libre...

 

La télévision, fauteuils et canapés sont mes nouveaux voisins ; les paumés de ce lieu vaquent à leur occupations, certains délirent un peu, vocalisent ; mais nombreux sont ceux qui dorment ou tentent de la faire. Moi, je sors prendre l'air, respirer, et inhaler mon vice, cette fumée au cancer prononcé( nous sommes nombreux dans ce cas là) ; les patients partagent ce plaisir toxique, puisque,après une demi-journée à contempler les mouvements, la phrase qui revient le plus n'est pas le « bonjour » mais «  t'as pas une cigarette ». La hiérarchie est installée, d'évidence, les anciens, les résidents permanents, osent lever la voix, quand moi, j'observe les nuages( temps gris sur la bretagne, mouvements de stratus et cumulus, souvenirs des cartes annonçant la magie d'une dépression… humain en perdition sur fond marin qui recherche l'anticyclone de ses pensées amères );

Le temps est long, peu d'interactions ; quand soudain, en allant aux toilettes, des coups, et des coups proches du centre névralgique où sont basés médicaments, et le personnel de garde : la pharmacie ! Les têtes pensantes ne viennent que quelques heures définir les soins, donner ordres et indications ; la thérapie de l'endroit est  source de mystère, ainsi que ce personnage qui entre bruyamment dans ma vie « jonnhy, belle gueule » le surnom de l'endroit !

 

Je sors des toilettes, un regard furtif dans la glace baisse mes yeux ouverts et gris ; je sors et croise le « staff » en réunion de travail dans l'enceinte du bureau coffre-fort, où sont mes papiers, tous mes besoins du quotidien, ces biens précieux qui dehors ne doivent se perdre et qui ici dorment sous clé ! En passant, les deux portes bleues, sans doute assorties à la teinte des âmes présentes dans ce bassin fertile de maladie psychique, une fenêtre sur la cours  intérieure, me laisse perplexe : un individu sans visage et sans voix, caché derrière une porte et un rideau qui l'empêchent de communiquer autrement que par la violence de ses murmures sonores, ses cris-coups de poing qui font causer les matricules, ces cris qui gênent certains,en  amusent d'autres.

 

Aux alentours d'une porte coupe-feu, j’aperçois ce passage exigu, qui d'après calcul savant devrait être le dernier lien pour regagner la pièce centrale, celle au bocal toujours allumé, à l'aquarium télévisé.

 J'ai le temps de voir, d'entr'apercevoir des sourires, les premiers ! Ce sont ceux, de l'équipe de soin, de l'hygiène de la place et aussi ceux de l'esprit : infirmiers, thérapeutes sous divers noms et courant d'air de la psychiatrie,  conversant autour d'un bol ou d'une tasse de café ; mais quel est le sujet de ses éclats ?

 Est-ce nous, pauvres pommes au vers solitaire, où comme dehors on discute de la pluie et du beau temps, eux de leurs activités aux fermetures invisibles, ma paranoïa du moment pense qu'ils conversent du sol au bourdon qui résonne et tue « la pensée sauvage » ; hum, digression, je vois et j'envisage midi ; ce vague fumet de cassoulet, souvenir présent au passé, d'un bel endroit pour dîner, chaleureux et convivial, autour de ce met classique de France. Midi, l'horloge de la cérémonie, la porte de la salle à manger s'ouvre, une meute autour de cet endroit que j'envisage, petite bousculade, les habitudes, chacun sa table, son assiette, ses relations personnelles ; nous sommes loin d'un sommet festif et gustatif. J'ai faim, aussi, une île flottante aux « carambars » me ravirait l'esprit ! oh ! j'ai le ventre vide et plein d'idées pour ce midi. Les infirmiers qui mangent distribuent les pilules magiques, celle de l'oubli, du temps perdu ; ils passent donner de la potion, surveillent l'ingestion des «  con primés » et puis vont à leur table, le bip posé à côté d’eux. Quelques querelles,( un grognon veut des frites, une autre fait sa comédie pour ne rien manger), et moi, qui entre dans cette atmosphère curieuse, je suis encadré par les cadres, les geôliers seraient eux si les portent étaient fermées ; sourires, quelques paroles, je constate que la nourriture de la cantine centrale ne leur plaît plus aux papilles ; ça se plaint ! les plats cellophanes n'ont guère le temps d'être fleurs fanées, car en trente minutes chronos, juste le temps du ballet quotidien, la boisson chaude relaxante est là ! Encore un sujet de convoitise, de dispute, de dominance ; car même ici ,une hiérarchie est installée, accointances et dominance, voire trafic d'influence sous couvert d'échange de mon entrée contre ton dessert. Boum, mon coeur ne bât pas la chamade mais je compte le temps, je viens d'entrer de plein pied dans l'ennui !

 Ce matin, au cours de mon tour d'horizon, j'ai vu une femme portant sourire , proposant sans un véritable succès une inscription au groupe dessin/peinture. J'avais fait mine de ne pas comprendre mais là, en une demi-journée, je sais que toute activité pour se vider la tête est bonne à prendre. Un peu troublé, j'avais compris que l'ordre de ce jour de mon entrée était un peu particulier, car chacun devait regagner sa chambre, pour être vu et pourquoi pas entendu. Moi, non !Alors mon trouble demeure, sur la raison de ces rires « fous ». Une question m’effleure : est-cela que provoque l'étalage du supermarché au toit carré, celui de nos diverses pathologies confuses et mélangées ? Eux, les soignants prennent le temps, le thé, ou le café, autour d'un bon banquet, un gâteau d’anniversaire ; alors que mon ventre vague se creuse, pensais-je, sur le moment. J'assiste, petit nouveau éberlué, à la préparation de la semaine : l'heure ou tout se décide pour la visite du Lundi ; où chaque patient de nuit, donc d'un lit, doit attendre son tour, poser ses questions, penser devant le « psychiatre » responsable de ses rêves futurs, et dont les pilules aux pouvoirs magiques peut ôter mal ou cauchemars ; mais ils sont tellement non concernés ! ce ne sera que le vendredi que je comprendrais la frayeur de la première visite en chambre , quand  une meute en blouse blanche entre dans votre nouveau meublé ; mais cela n'est pas le sujet !

On reconnaît la tête penseuse, l'interlocuteur de base, car sa condition supérieure, de l'étage supérieur, lui permet d'être en civil! Mais cela, évidemment je ne le savais pas car dans mon cas des insomnies ravageuses  détruisaient mon énergie, le moteur de l'inspiration de ma vie ; incapable de regarder et sentir les mouvements du vent, puisque mon métier est de plein air ,je suis presque un marin qui a perdu le cap, celui de Sein ,et cherche Belle île, un peu de repos, et puis mince !

 L’heure passe telle un goéland qui ne plane pas dans le ciel bleu amer ; enfin, une troupe devant la porte de l'ergothérapie ; j'y vais, je me colle au mur, demande si je peux découvrir l'atelier. Acceptation. Quatre individus pour une activité, un homme arrive (l'intelligence ne se masque pas derrière ses lunettes), courtois, il pose les conditions ; nous sommes en silence et écoutons  les consigne ; moi, je suis fasciné par les couleurs primaires, le choix pour dessiner ,peindre : pastels, tube de peintures, crayons, autant de couleurs fascinantes composent le menu. Une  agitation accompagne la distribution des feuillets blancs ;petit handicap : je ne sais pas mélanger ,dessiner, mais bon ! Très vite, mon attention change, nous sommes fin prêt à entrer en action quand l'infirmier géant ouvre le porte, un pyjama bleu ouvert sur un torse sec et blanc , un visage qui ne respire plus ! Le mystère de « jonnhy, belle gueule » vient de s'éclaircir ! Titubant, deux à  trois minutes pour l'installer ; l'homme ne parle pas, on lui donne sa chance de s'exprimer… commence le temps de la récréation, un peu de vie !

 Ne sachant pas plus mélanger les couleurs que les épices, j'évite l'horreur des mélanges, trace des traits- mon obsession de l'enfance- ! Une mouche passe ; dehors, la vie est peu inspirante ;mon regard navigue de feuille en feuille, pour voir le théâtre imaginaire, la naissance hors-d'œuvre ; à chacun son style,à chacun son degré de maîtrise. Mais soudain, hum ! blocage système ! sur mon côté droit, en tremblements, mais aussi muni de cette attention consciencieuse de l'ouvrier de classe, je fixe l'arborescence et la naissance de ce dessin ! Comment expliquer ce que je vois soudainement, pendant que les traits de crayons subliment la page de mon vide… ce visage torve s'anime et je suis la résurrection d'un homme, sous la douleur son « antre » papillon. La feuille devient une gourmandise, le gris est le support du met entrevu, le feu rouge devient rubis, le jaune des perles du Sud.

 Obsédé par cette création à l'opposé de ce je croyais être son celle de son âme, n'envisageant que son corps tordu ; ma salive, oubliée et séchée, revient en même temps que ce temps qui s'évapore tel une tulle au chocolat. De ces troubles, rien ne sort sur la virginité de ce papier, mais un met un plat, un dessert, l'envie de revenir en arrière, de revenir au passé composé des secrets d'un repas festif et bon, la joie des souvenirs.

 Est-ce une mise en bouche ? Un dessert ? Que dessine cette âme cyan ? Une chanson, un bain de baba au rhum, je ne sais ! mais ma cervelle de moineau se pose hors ligne, tant la poésie de son dessin, l'outremer, la myrtille, l'ocre jaune, la cerise, le mélange des genres deviennent  rivière de convoitise, une friandise.

Parfois, je quitte sa construction et les yeux de son visage sont éblouissants comme une pâtisserie, cacao, mandarine. Un macaron, une dinde aux marrons, une farce de cochon grillé... Mon imagination ne cesse d' être tentée par cette escapade curaçao, ananas, et « espuma », rose plaisir. Je ne cesse d'ouvrir ce cadeau de Noël ,enfant qui vit l'irrésistible attirance de découvrir ce plat de résistance, ce dessert de gourmet, cette fleur rose épique, ce citron vert ; mon palais pâlit et s'enflamme, essence de poivre Madagascar, et une réunion d'aventure se créent. Secret, je danse devant la banane suave, les noix concassée, ses crevettes « bouquet » fleur de la rivière de mon sang, guimauve qui au bain iodée devient rose ; je divague devant cette tendresse gustative ; ce magicien vient de me tirer de ma torpeur vide, et de m'inviter au bal des saveurs, sans les odeurs, mais que de voyages culinaires le monde s'est ouvert sous mes yeux de Terrien amateur de délice. Le silence se romp, le psychologue reprend la parole, chacun s'invite à la table à raconter sa fleur, sa création, divers discours que je tais, chacun pose des phrases ou bouts de phrase. Moi, ailleurs, je pense à monsieur Serge et sa tête, son album de musique succulent autant qu'une glace melon, sans le chapeau, mon âme est absorbé par ses mots, une sorte de titre, j'attends l'éveil, le réveil du fantôme frappeur, et là son tour arrive, le silence se fait : mots de belougas, borognime l'anime ; il aimerait parler, s'exprimer, et le titre parle pour nous dire quoi «  le chou philosophe » main tremblante pour écrire sa pensée. Depuis lors,je ne me fis pas aux apparence, au premier jet, rejet, j'attends la merveilleuse surprise... ce silencieux dessin nourrit ma vie, ma nouvelle route, chemin. Oserai-je parler de philosophie ?

 

Mon dessin, lui, représentait ma folie de tout temps : donner un sens à ma vie, non pas à mes envies ; répondre à ce concept de l'infini, sans patience, sans maîtrise ; j'avais pris un compas, une pointe sèche, pas de calamar du golf de Gascogne, mais fabriqué un cercle, des couleurs, celles primaires, et une règle, pas de mélange des genres ; j’étais devenu enfant, incapable de comprendre cette notion de l'infini- pas le grand et le petit- , les deux pôle que j'imaginais ainsi, selon ma théorie issue de ma situation scolaire, cancre émérite, marque de fabrique patachon ; je m'appliquais à aller vers le point de fuite ou d'horizon dans ce cadre rond, je posais de la couleur, vert, jaune, rouge ; sans penser drapeau, nation, juste pour que mes traits aillent vers ce point et au final fassent  un gros point noir qui continuait à rejoindre la longue liste de mes interrogations, sans d'autre science que celle confuse qui fuse parfois, vers ce besoin de comprendre cette notion mathématique, que l'on explique sans théorème, une source de problème, pour la naissance du temps. Donc, je fabrique une théorie du début de l'énigme que j'explique quand vient mon tour ( mon temps de parole),expliquant  que ces points sont des interrogations, et comme toujours, je lève les yeux vers le psychothérapeute, l'interlocuteur magique ; si un zéro existe entre l'échelle négative et celle positive des nombres, et que l'on admet que les suite logique sont croissant, de 0, 1, 2, 3, vers les bords extrême de l'infini, dans deux sens contraires, tels deux vents qui s'opposent et s'annulent, et rendent la mer lac, cyan ou turquoise ; pourquoi ne pas fermer la boucle dans ce champ sans fin et introduire un autre zéro dans la chaîne, coincé en compagnie de son signe tel que je le conçois dans ce monde absurde que je tente de définir à ma sauce ainsi : infini moins, infini plus et un second zéro qui ferme et le cercle de mes incertitudes, et donne vie à un cercle,  de ce que l'essence de la science m'apprend quand je lis ou découvre l'univers de ceux qui travaillent à découvrir le mystère de l'existence, et me donnent à moi, un peu de plus de sécurité, dans ma vie de zéro pointé, en ajoutant sans certitude un début et une fin à l'histoire, la petite, la mienne, et la Grande -celle de nos ports de l'univers-.

Juste me calmer les nerfs, pareils à ce moment sur l'eau ou une risée me fait décoller, presque voler, et me permet de fermer, de poser ce dernier point. Et d'ajouter, ce mot Faim !

 

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